Soirée Entr’Elles, un résumé

« La blonde allumette

Une soirée pas comme les autres s’annonce en cette froide nuit de mars. Les lieux, déjà, sont atypiques. Une cave, aménagée telle le plus moderne des studios. Les murs en pierre apparente, la voute ancienne, en a déjà vu de belles avant même que Z ne découvre l’endroit pour y accueillir ses délicieuses rencontres. Celle de ce soir est inédite. Du moins, pour lui. Un évènement sous le signe des femmes, pour les femmes. Une soirée dite Entr’elles, où ces dames invitées pourraient se butiner à envie, sans devoir sacrifier une once de leurs désirs ou sensualité à ces hommes voraces auxquels elles ont si souvent recours. Certes, ces messieurs, maris ou chaperons, sont là aussi. Mais principalement en voyeurs. De simples témoins, privilégiés, de ces passions que certaines peuvent vivre entre elles sans qu’ils ne soient invités. Du moins, c’est ce qui passera au début. Mais au bout de quelques heures, le désir est plus fort

En tout, ils ne sont que quelques couples à avoir fait le déplacement. Et si chacun d’entre eux semble charmé par l’endroit et l’ambiance qui y règne, les organisateurs commencent vite à s’inquiéter de les voir si aisément s’installer là, à discuter, parler, échanger, rire, sans que rien de moins sage qu’un petit clin d’œil par-ci, une main frôlée par-là, ne soit échangé. Nos amantes d’un soir sont installées, confortables là, sous les pierres nues, elles, à rire et se prêter à des courtoisies d’un autre monde. Les mondanités durent. Longtemps. Plus d’une heure. Plus encore même, semble-t-il au pauvre Z. qui prévoit déjà de déménager tout le monde à une autre soirée parallèle, non loin, pour allumer une étincelle, une flammèche, n’importe quoi qui démarrerait l’incendie de désirs et de jouissance qui embrase si souvent ses soirées. Mais c’était sans compter sur la véritable flamme de ce soir. La pyromane par qui et pour qui tous vont brûler.

Elle se prénomme Clara. Elle est jeune, fait plus jeune encore. D’autant plus dans cette jupe droite et noire, accompagnée de chaussettes noires et hautes, de ce haut sage et de cet air innocent qui lui confère un air d’écolière bien sous tous rapports, étrangère à tous vices. Elle semble timide, elle sourit, rit discrètement, son regard est parfois fuyant quand elle sirote son champagne par petites gorgées, en pointillés. Pourtant, elle bouillonne déjà. Elle s’impatiente. Ses genoux s’animent par moments, ses talons claquent sans bruit sur le sol blanc. Elle piétine. A un serveur de passage, elle confie son impatience. Plus encore, même, son cou, ses hanches, sa bouche et sa langue. Si la soirée n’était pas placée sous une thématique aussi respectable et précise, peut-être l’aurait-elle volé aux yeux de tous pour n’en faire qu’une bouchée dans un coin, un couloir ou un placard. Se livrer à lui sans répit. Tant elle brûle de baiser. Tant cette situation mondaine est éloignée de ses désirs. Et si ce garçon était, bien malgré lui, inaccessible ce soir-là, elle trouverait bientôt moyen de s’ébattre, se tordre, s’envoler, jouir et faire jouir. D’incendier littéralement son monde.

Tout commence par une remarque sur ses cheveux. Une crinière blonde et parfumée, fraîchement et délicatement lavée, qui diffusait un parfum si agréable. Z., en bon renard sachant humer le vice où il se trouve, en fait la promotion à Pascale, une autre de ces dames. Il l’invite, là, sans gêne, à se pencher, à respirer, à s’imprégner de ce délicat parfum. La libertine, aussi déconcertée que charmée, s’exécute donc, se penche… et le piège se referme. En un clignement de cils, voilà la Clara. qui fond lèvres en avant sur la bouche de la curieuse, à qui elle administre un long et profond baiser. La flamme est allumée, le feu va devenir brasier.

Les deux créatures, animées seulement par le désir de se connaître, de se fondre l’une dans l’autre, de se fouiller, filent doucement, sous les regards amusés de l’assistance, vers les coins câlins. Là, ayant tout un océan de matelas aux draps rouges rien que pour elles, les voilà qu’elles se caressent, se pressent, se renversent. Les cuisses s’écartent, les vêtements disparaissent, les chattes mouillent. La blonde allumée s’offre, sans limite, aux baisers, aux mains, aux doigts de sa brune amante. Autour, les pierres, les rires, les commentaires, les autres et les lumières, tout disparaît. C. S’ouvre, les doigts la pénètrent, la fouillent, elle gémit. Puis, dans le corps à corps imprécis qu’elles forment toutes deux, les rapports s’inversent. La voilà qui masse, malaxe, lèche et doigte. Et le pouvoir change encore de main. Elles se débattent. Elles hurlent. Elles jouissent dans les bruits humides et chauds, les clapotis soyeux de leurs fentes béantes qu’elles se dévorent.

Mais ces ébats en appellent d’autres et séduisent Sonia, affamée, elle, par ces jolis culs qui se mélangent et se boivent. La tentation de les posséder est trop forte. La voilà qui quitte ses talons et s’avance finalement, à quatre pattes, sur le parterre moelleux et rouge des couches jusqu’à ces deux corps fusionnés. Elle saisit alors les fesses les plus blanches : celles, brûlantes, de la jeune C., et entreprend de les rougir. Les claques sont sonores, entrecoupées de passages plus intimes, plus anatomiques, où langues et fentes s’entremêlent. La blonde allumeuse va ainsi offrir sa croupe, se faire tanner les joues pendant plusieurs dizaines de minutes. Elle va crier, aussi, exploser une fois de plus sous les coups paume experts et répétés, synonymes de plaisir aussi intense que la douleur infligée.

L’assistance se tait depuis un moment déjà. Elle assiste, fascinée, aux ébats, comme sous le coup de quelque sortilège hypnotisant qui annihile chez elle toute volonté d’agir, que ce soit pour quitter ce spectacle ou le rejoindre. Quand la fesseuse termine son office, les fesses sont aussi rouges qu’une braise en été. La blonde torturée reste là, seule au milieu de l’océan mou et souillé de mouille. Elle reprend son souffle, tremble encore sous le coup de la jouissance. Ne bouge pas. Sa solitude, là, offerte aux regards de tous, nue et bouleversée, suffira pour attiser le feu qui couvait depuis une heure que son spectacle a commencé. L’incendie n’est pas loin. Deux hommes plongent pour la rejoindre. Ils l’embrassent, la goûtent, la pétrissent. Le spectacle n’est pas le même, les gestes sont moins gracieux, plus fermes. Elles se coulent entre ses deux corps, saisi le moindre dard qui passe à sa portée. Le branle, le suce, l’aspire. Dès le premier d’entre eux encapoté, la voilà qui tend son cul rond et rougis, pour qu’il s’y enfonce d’une traite, d’un coup de rein. On croyait la créature vidée, rassasiée. Elle ne faisait que s’échauffer. Le feu a pris, l’incendie va vite s’étendre. Les deux mâles la butinent et la baisent sans rompre. L’un d’eux, Fréd chaperon de la belle Morgane, une brésilienne incognito  (elle pense nous faire gober le fait qu’elle soit bretonne, mais nous ne sommes pas dupes !! Brésilienne est l’est, elle le reste), au corps ferme et sans fatigue, redouble de faim devant cette offrande de chair qui ne demande qu’à jouir. La muse est retournée, écartée, portée, manipulée. On lui tient les chevilles, les poignets, les fesses. On la fouette de fessées, lui mord les tétons, tire sur ses cheveux, l’étrangle. Rien n’y fait : la créature jouit toujours, et en redemande. Les queues se succède en elle, entre ses doigts, ses lèvres… une troisième rejoint la mêlée quand son compagnon s’invite à la danse. Autour, le public de voyeurs, chauffé à blanc, n’y tient plus. Dans l’obscurité, les mains ont déjà écarté les étoffes, ouvert les coutures, saisi les sexes tendus ou fureté dans les fentes humides. D’un élan aussi inattendu que pressé, les voilà, tous, qui investissent enfin les matelas. Ils entourent enfin la belle et ses amants d’une vague de corps nus et affamés. Enfin, oui, enfin, tous se mélangent. Enfin, le monde se consume. Il va brûler des heures.

Les corps s’entremêlent dans une mouvance obscène. Femmes, hommes, les genres disparaissent sous le coup du désir de se fondre dans l’autre. Morgane offre sa croupe enchiennée au beau Victor (star de la soirée, même François s’est retrouvé le regard humide en voyant son engin exceptionnel) qui l’emporte dans une levrette effrénée, tout en gobant d’une bouche vorace la moindre tige bandée qui approche son visage. Là, Michel, ce bel homme aux cheveux gris plonge tête la première dans la chatte béante et ruisselante qui s’offre à lui. Deux belles gourmandes que l’on butine mêlent leurs langues et leurs désirs dans un long baiser bruyant, tout en pétrissant leurs mutuellement leurs seins. Au beau milieu de la troupe, ou en marge par moment, car tout bouge, la jeune et jolie C. se fait empaler par un homme ou un autre, le plus souvent par F., qui ne la quittera plus.

Z., ravit, contemple son œuvre abstraite et vivante. Son incendie de corps. Chacun d’entre eux finira par le rejoindre, au compte-goutte, au fur et à mesure que chacun aura assouvi sa soif, épanché ses vices, vidé ses bourses ou rempli sa fente. Un a un, ils reviendront s’assoir à ses côté, comme une cours d’invités s’installe autour d’un régent. Mais pas tous. Car deux corps resteront finalement s’ébattre sur le matelas. La belle C. et le solide F., la créature et son étalon, plus que jamais aimantés, ne se quittent plus. Ils restent sourds aux commentaires, mi-flatteurs mi-moqueurs, qui les célèbrent dans le public ainsi reformé. Ils demeurent aveuglent aux occasionnels qui se présentent de temps à autre pour se remélanger à eux le temps d’un dernier orgasme, qu’ils lui procurent avec une magie toute naturelle. Il va la prendre et la reprendre, elle va jouir et rejouir. Ils vont se consumer tous deux jusqu’à ce que la moindre braise de désirs ne s’éteigne. L’incendie est passé. Une fois le désir en cendres, les voilà qu’ils se séparent, souriant, intimidés par les félicitations qui les reçoivent, là, dans la réalité des autres qu’ils rejoignent malgré eux. Le monde a brûlé. L’allumette peut s’éteindre, jusqu’à la prochaine étincelle. »

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