Merci France Inter 🙂

 La rue assourdissante autour de moi hurlait. 
 Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse. 
 Une femme passa, d'une main fastueuse 
 Soulevant, balançant le feston et l'ourlet. 
 
 Agile et noble, avec sa jambe de statue. 
 Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, 
 Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan. 
 La douceur et le plaisir qui tue. 
 
 Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté 
 
 Dont le regard m'a fait soudainement renaître, 
 Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ? 
 
 Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être ! 
 
 Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, 
 Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 
 

Charles Beaudelaire.

Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

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